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Cannes Classics – Insiang de Lino Brocka – Les écrans de Claire
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Cannes Classics – Insiang de Lino Brocka

 

Réalisé en 1976 par le cinéaste Lino Brocka ( Manille, Les insoumis), Insiang est le premier long-métrage philippin à être sélectionné au festival de Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, en 1978. 40 ans après son tournage, Insiang a été présenté à nouveau au Festival de Cannes, cette fois dans la section Cannes Classics en 2015.
 aff-insiang
Carlotta Films nous propose de le revoir ou de le découvrir sur grand écran dans une version restaurée 4 K réalisée par la Cineteca di Bologna, l’Immagine Ritrovata, dès le 22 juin prochain.
Une opportunité à saisir sans hésitation car le film est aussi intéressant que bouleversant.
Synopsis : 
Insiang habite un bidonville de Manille avec sa mère, la tyrannique Tonya.
Les deux femmes hébergent également la famille du père, parti du domicile conjugal avec sa maîtresse.
Insiang se démène corps et âme pour survivre dans ce quartier où chômage et alcoolisme font partie du quotidien.
Elle ne cesse de presser son petit ami Bebot de l’épouser afin de quitter ce lieu de misère au plus vite. 
 Un jour, Tonya chasse sa belle- famille de chez elle et ramène à sa place son nouvel amant Dado, le caïd du quartier, en âge d’être son fils. 
Ce dernier tombe rapidement sous le charme de sa nouvelle  » belle-fille  » …
Hilda Koronel dans Insiang (via Arte)
Hilda Koronel dans Insiang (via Arte)
Avis : 
Né en 1939 et mort prématurément, en 1991, à l’âge de 52 ans, Lino Brocka peaufine avec talent un tableau de la misère philippine dans les années 70.
Il dresse habilement, avec Insiang, le portrait d’une jeune femme maltraitée, apparemment soumise, qui rêve d’un avenir meilleur et qui va se révéler plus forte qu’il n’y parait
Insiang est belle et convoitée par de nombreux jeunes gens mais elle n’a d’yeux que pour le dragueur  » professionnel « et inconséquent Bebot.
Insiang, c’est un peu Cendrillon, corvéable à merci, à part que la responsable de ses souffrances et humiliations quotidiennes n’est pas sa marâtre mais sa propre mère Tonya.
Tonya semble être une forte femme, une marchande de poisson courageuse mais ne pardonne pas à Insiang d’être le fruit de sa liaison avec son ex-mari qui l’a lâchement abandonnée.
Tonya n’excelle vraiment pas dans les câlins avec sa fille mais devient une femme passionnée avec son amant Dado.
Cette femme apparaît très dure et injuste avec Insiang mais elle est également victime d’un environnement social cruel.
Dans cette histoire, Insiang et Tonya ont l’envergure de véritables tragédiennes.
L’ étude fine des personnages est incontestablement un des atouts de cette fiction.
Un autre atout est la richesse de l »aspect documentaire.
Lino Brocka  nous entraîne, en effet, dans les rues de Manille avec un réalisme troublant.
Tous les bruits de la ville, les détails de la vie quotidienne, sont restitués provoquant chez le spectateur une véritable immersion jusqu’à  lui faire ressentir la chaleur étouffante.
La première scène sur un acte de boucherie est saisissante.
Ce long-métrage, véritable dépaysement à la fois auditif et visuel, ne ressemble pas à une brochure touristique.
Le cinéaste filme sans concessions le règne de « petites frappes » qui cherchent à exercer leur domination sur leurs concitoyens.
C’est loin d’être une comédie et pourtant on ne garde pas de ce film une impression trop sombre car il déborde de vitalité.
La fin jugée trop immorale avait fait l’objet, en son temps, d’une censure.
Il est vrai que cette fin très poignante est vraiment surprenante.
Cette issue inattendue démontre la capacité du réalisateur à avoir développé une intrigue forte dans une fiction qui, au départ, se présentait comme un film social.
Insiang est un film puissant qui reste d’actualité car les sujets qu’il traite ( la passion, la jalousie, le désir d’émancipation , la pauvreté …) sont indémodables.
Cannes Film Festival

INSIANG

de Lino Brocka
Drame | Philippines | 1976 | 95mn | Couleurs
Avec : Hilda KORONEL, Mona LISA, Ruel VERNAL, Rez CORTEZ, Marlon RAMIREZ
Reprise le 22 juin 2016
Sélection Cannes Classics 2015

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