[Dossier] Musique et cinéma : la parfaite harmonie

Retour sur les différents types de bobines qui donnent envie de composer, chanter et danser.

Cet article a été publié en juin 2015 pour la Fête de la Musique sur le site We Love cinéma. Il a été mis à jour depuis, notamment avec les biopics musicaux Bohemian Rhapsody, ou Rocketman

Les comédies musicales

© Disney

Commençons par les « musicals » créés par Hollywood.
Mélange de chansons et de chorégraphies, la comédie musicale a été inventée dans les années 20 par Jerome Kern. Selon lui, « les Américains avaient besoin de s’inventer une forme de spectacle ». Le cinéma est désormais parlant, et le modèle économique mondial est en train de changer…

1927 voit sortir Showboat et Le Chanteur de jazz, le premier film parlant de l’histoire du cinéma. A l’époque de la crise de 1929, les spectateurs préfèrent aller voir un film car c’est plus économique qu’un spectacle de théâtre par exemple. Les compositeurs et comédiens qui travaillaient à Broadway partent donc se reconvertir à Hollywood.

L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne débute avec Le Magicien d’Oz avec Judy Garland en 1939. En 1952, on atteint à mon avis l’apogée de la comédie musicale made in USA avec Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly qui raconte le passage du cinéma muet au parlant – sujet également traité dans le film muet The Artist de Michel Hazanavicius.

Les Disney sont dans 90% des cas des films avec des séquences de chant et de danse. D’ailleurs, le compositeur de Sister’s Act, Alan Menken, a été oscarisé 8 fois pour son travail sur des films d’animation Disney. Il a notamment composé l’inoubliable « Histoire éternelle » de La Belle et La Bête.

Les bandes originales de comédies musicales se vendent comme des petits pains. Certaines comédies musicales atteignent le statut de film culte comme The Rocky Horror Picture Show. The Rocky Horror Picture Show est un OVNI dont les chansons et chorégraphies sont régulièrement reproduites, par exemple dans Le Monde de Charlie, ou dans la série Glee. Ce « midnight movie » détient le record de la plus longue sortie en salles de l’histoire du cinéma. Ainsi, plus de 40 ans après sa première diffusion, il est encore programmé dans plusieurs salles de cinéma dans le monde entier.

Au départ pur divertissement, la comédie musicale peut se teinter de gravité.
Ainsi, West Side Story est superbe à tout point de vue, et aborde, en plus de son histoire à la Roméo et Juliette, des thèmes sociologiques comme le racisme ou la délinquance… Un remake réalisé par Steven Spielberg avec Ansel Elgort sortira bientôt.

La Mélodie du bonheur aborde le thème du nazisme. 
Hair de Milos Forman (1969), celui de la guerre du Vietnam.
 
L’optimiste et parfois cynique « Hairspray » traite d’intolérance et de racisme.
La chanson « I Know Where I’ve Been, » très émouvante, traite notamment de la lutte des Afro-Americains. A noter que le film de John Waters a été refait quelques années plus tard avec John Travolta, travesti, à la place de Divine….

Et que dire de Rent qui allie dans son scénario sexe, sida et drogues dures ?

Citons aussi Yentl et Un violon sur le toit qui traite de la religion(juive en l’occurrence) mais aussi d’intolérance… On peut aussi remarquer que les musicals créés par Stephen Sondheim contiennent de passages durs voire sombres et sanglants : Into the woods, mais surtout Sweeney Todd ! (On reparlera de ces deux films dans la conclusion de cet article)

Même le feel good Oscarisé , un film un peu à part dans cette catégorie, La La Land sous des dehors joyeux traite bien de la difficulté de s’épanouir dans la vie, de réussir sa carrière et ou sa vie amoureuse…
A noter que ce film s’inspire beaucoup des films de Demy qui traitent en filigrane de drames.

En effet, la comédie musicale n’est pas l’apanage des États-Unis.

En Inde, il y a le genre Bollywood (contraction de Bombay et Hollywood) qui a pour spécialité des numéros dansés et chantés époustouflants. Que ce soit une histoire d’amour triste (Devdas), un mélodrame familial (Kabhi Khushi Kabhie Gham), une comédie lorgnant vers la science-fiction (Koi… Mil Gaya), tout se dit en chantant et dansant au pays de Bollywood.

En France, nous avons donc les films de Jacques Demy
Citons ainsi les histoires d’amour qui parfois finissent mal avec Catherine Deneuve  :  Peau d’Âne, Les Demoiselles de Rochefort, Les parapluies de Cherbourg… Les décors et costumes colorés se marient à merveilles avec les mélodies romantiques de Michel Legrand…

Quelques cinéastes français ont marché sur les pas de Demy, comme Alain Resnais (On connaît la chansonPas sur la bouche), Christophe Honoré (Les Chansons d’Amour), François Ozon (Huit Femmes), Olivier Ducastel et Jacques Martineau (Jeanne et le Garçon formidable). A noter que dans tous ces films la mélancolie est invitée.

Les biopics

© Paramount

Le « biopic » (biographie filmée dans la langue de Molière) raconte l’histoire d’un musicien célèbre et de son œuvre.

Aujourd’hui, on dirait que tous les chanteurs vont avoir leur film ! Je viens d’apprendre il y a quelques jours l’existance d’un projet de film sur Boy George.
Il faut dire que ces films sont souvent couronnés de succès. 
Ray (nous décrivant le destin de Ray Charles), Walk the line (la vie du chanteur country-rock Johnny Cash) et La Môme (biopic sur Edith Piaf) ont rapporté des Oscars à leur interprète principal. 
Bird -évoquant la vie de Charlie “Yardbird” Parker, le célèbre jazzman- a permis à Forrest Whitaker de remporter le Prix d’interprétation masculine à Cannes et le Golden Globe du Meilleur Acteur en 1988 et 1989.

Parmi les films qui ont eu beaucoup de succès, citons Amadeus, l’histoire de Mozart, Get on up sur la vie de James Brown ou encore Control, celle de Ian Curtis, leader de Joy Division.

Les Runaways, avec Kristen Stewart et Dakota Fanning, nous raconte l’histoire de Joan Jett et du premier groupe de rock féminin à connaître un énorme succès. Impossible de citer tous les biopics – rien que pour Clara Schumann on en compte plusieurs, dont un avec Katherine Hepburn.

 
Love & Mercy nous narre la vie de Brian Wilson des Beach Boys. Ses deux interprètes, Paul Dano et John Cusack, y sont exceptionnels.

 The Rose avec Bette Midler est un biopic plu s ou moins déguisé de Janis Joplin.

Récemment on a eu Bohemian Rhapsody sur Freddie Mercury, le chanteur de Queen … L’interprète de Mercury, Ramy Malek, a reçu l’Oscar du Meilleur acteur en 2019.

Rocketman sur Elton John a fait sensation au festival de Cannes …
La mode des biopics n’est pas terminée.

The Doors d’Oliver Stone avec Val Kilmer hallucinant de mimétisme dans le rôle de Jim Morrisson ressort au cinéma le 26 juin 2019.

Les documentaires

Martin Scorsese a réalisé un documentaire sur les Rolling Stones, Shine a light. Les Stones ont également eu le privilège d’avoir un documentaire réalisé à partir de concerts filmés en Imax, visible à la Géode : Stones at the Max. Une expérience à part entière !

Pour la world music, on peut citer Buena Vista Social Club, Sugar Man, Benda Bilili ou encore Sigo Siendo.

Autre conseil : découvrez Amy, qui ressuscite sur la pellicule la chanteuse Amy Winehouse.

Nick Cave fait l’objet d’un drôle de film mi-fiction, mi-documentaire, mi-biographie : 20 000 jours sur terre

PAVAROTTI de Ron Howard sera visible au cinéma en novembre 2019. Auparavant il avait réalisé un documentaire très réussi sur les Beatles (THE BEATLES EIGHT DAYS A WEEK).
NB : Les Beatles, c’est un peu comme les Stones, il faudrait leur consacrer un article à part !

Les fictions

Il ne faudrait pas oublier les fictions qui parlent de la musique et des musiciens, ou chanteurs. Voire de fans de chanteurs… A venir sur nos écrans, Yesterday de Danny Boyle, une déclaration d’amour aux Beatles…

Tous les styles musicaux y passent. Et bien souvent, c’est l’accord parfait entre le scénario et la bande originale…

Ces derniers temps on pourrait citer les derniers films de l’irlandais John Carney qui participe d’ailleurs à la musique de ses films : Sing Street,  New York Melody,  Once…


On pense à la dernière version de A Star is born avec Lady Gaga.

La musique folk est représentée avec Inside Llewyn Davis.

Le film Whiplash dépeint le jazz, et en particulier la batterie, comme un sport de combat. Du jamais vu ! Quatre garçons dans le vent (A hard day’s night) nous montre une journée très rock n’ roll dans la vie des Beatles. Toujours dans le rock, on trouve l’onirique Velvet Goldmine, qui s’inspire très librement de David Bowie, Lou Reed et Iggy Pop, The Rose, film de 1979 brodant sur la vie de Janis Joplin ou encore, la comédie School of Rock avec Jack Black.

Enfin, le superbe Tous les matins du monde signé par Alain Corneau nous dépeint la vie de musiciens au XVIIe siècle, deux violistes, Monsieur de Sainte Colombe et son élève Marin Marais.

A des années lumières, on trouve la comédie française Pop Redemption qui convertit des hard rockeurs purs et durs à la pop façon Beatles…

Pour le blues, il y a bien entendu The Blues Brothers.
The Blues Brothers, c’est le nom d’un groupe composé des comédiens Dan Aykroyd et John Belushi et de quelques-uns des plus grands musiciens jazz et soul comme Ray Charles ou Aretha Franklin.
Bien entendu, l’histoire est totalement fictionnelle et un brin délirante, mais le groupe a été réellement constitué.

Alabama Monroe de Felix Van Groeningen est un superbe film et le groupe de country formé par les acteurs belges a également fait une tournée…

Musique et cinéma font donc bon ménage… Il est impossible de citer tous les films qui contiennent des moments musicaux donnant envie de chanter ou de danser. Je ne parle pas dans cet article des films de danse ou avec des chorégraphies comme Les chaussons rouges,Billy Elliott, Black Swan, Footlose ou Dirty Dancing .

L’ alliance entre musique et cinéma donne même des idées assez originales. Des comédies musicales à succès deviennent des films, comme Mamma Mia (fausse note dans la carrière de Meryl Streep à mon avis), Sweeney Todd (gore et gothique donc adapté par Tim Burton) ou encore Into the Woods (avec à nouveau Meryl Streep.)

Mais l’inverse est aussi possible : Roman Polanski a ainsi adapté son film Le Bal des Vampires en comédie musicale, l’hiver dernier. La dernière représentation a eu lieu fin juin. Une réussite. Disney a fait la même chose pour La Belle et la Bête, avec succès. 
An American in Paris, dont la première mondiale a eu lieu au Théâtre du Châtelet, est une recréation du film de Vincente Minelli Un Américain à Paris.
 Là encore, ce fut un succès. Mais que penser de l’adaptation du film de Jean-Pierre Jeunet, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain en comédie musicale ? Ou du fait de passer des opéras dans des salles de cinéma ? C’est un autre débat et le sujet d’un autre article !

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