[Avis] La Belle Sauvage de Philipp Pullman

Ce blog traite principalement de cinéma, ou de livres ayant été adapté sur petit ou grand écran. Mais aujourd’hui je fais une légère entorse à cette ligne éditoriale pour vous parler de la nouvelle création littéraire de l’écrivain britannique Philipp Pullman: La Belle Sauvage (le titre est en français.) , tome 1 de la Trilogie de la Poussière (The Book of Dust).

 

Cette trilogie classée « fantasy jeunesse » est la suite de la trilogie À la croisée des mondes (His Dark Materials) de Philip Pullman. Le tome 1 vient de sortir en France , chez Gallimard jeunesse, après 17 ans de gestation. Et vu la qualité du résultat, on peut s’attendre à une adaptation au cinéma ou à la télévision  !

Et puis c’est l’occasion de vous parler de la saga littéraire « A la croisée des mondes » .

A LA CROISEE DES MONDES (His Dark Materials)

La trilogie originale comprend Les Royaumes du Nord (1995), La Tour des anges (1997) et Le Miroir d’ambre (2000).

Philipp Pullman nous conte les aventures de deux adolescents, Lyra Belacqua et Will Parry, qui traversent des mondes  parallèles …

La trilogie, ainsi que les livres « satellites » ont remporté plusieurs prix littéraires. Ils ont également été adaptés pour la radio, puis pour le théâtre entre 2003 et 2004. Le premier roman a été adapté pour le cinéma en 2007, sous le titre « À la croisée des mondes : La Boussole d’or » (The Golden Compass) avec Nicole Kidman alias Marisa Coulter,  Daniel Craig dans le rôle de Lord Asriel et Eva Green dans celui de la sorcière Serafina Pekkala.

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Nicole Kidman is Marisa Coulter in the film The Golden Compass. (Photo credit: Wikipedia)

Le résultat est plus que décevant. La richesse du texte de Pullman, avec tous ces symboles et sous textes n’est pas retranscrite.

Le personnage de Lyra jouée par Dakota Blue Richards est assez énervant sur grand écran, et la fin est totalement différente, largement édulcorée ! Résultat : il n’y a pas eu de second film…

Mais tout n’est pas perdu : « À la croisée des mondes » sera de retour, à la télévision cette fois, pour une mini-série orchestrée par la BBC One. Et c’est un gage de qualité, BBC 1 étant un expert en matière d’adaptations littéraires, de De Grandes Espérances  à Poldark en passant par « Docteur Thorne« … Nul doute que le texte complexe de Pullman s’épanouira dans une narration plus longue.

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Daniel Craig as Lord Asriel in the film The Golden Compass. (Photo credit: Wikipedia)

 

La saga est un immense succès de la littérature jeunesse, même si je considère que c’est de la littérature pour adultes également. La frontière est plus que floue, à l’instar des derniers tomes de la saga Harry Potter, ou de Hunger games. Chez Pullman, il y a des morts, même enfantines, il y a de la violence, qu’elles viennent d’érudits, d’individus malveillants, de animaux fantastiques ou de puissances religieuses…
A l’instar de J.K. Rowling, Pullman invente un monde avec des références érudites.
Pour en savoir plus sur la trilogie « A la croisée des mondes », je vous conseille de la lire et également la page Wikipédia en français, très fournie… je vous recommande le livre audio (voir photo plus haut), en tout cas le tome 1 que j’ai pris plaisir à écouter.
Les œuvres de J.K. Rowling et Pullman sont sorties en même temps, et Lyra a peut-être été un peu éclipsée en France par le succès du jeune sorcier.
Néanmoins l’oeuvre pullmanienne compte bon nombre de fans, et Philip Pullman a même clairement inspiré certains auteurs, par exemple Christelle Dabos, auteure de la saga La Passe-Muraille.

 

LA BELLE SAUVAGE

La Belle Sauvage  peut tout à fait être lu sans pré-réquis ! On rentre facilement dans l’univers de Philip Pullman.

Cette trilogie se passe dans le monde de Lyra, monde parallèle au nôtre, où les êtres humains voient une partie de leur âme incarnée par un animal : le daemon.

Alors bien entendu, nous retrouvons (avec plaisir) quelques personnages issus de la première trilogie ; citons Lord Asriel, Marisa Coulter, le leader des gitans, Farder Coram et surtout la jeune Lyra Belacqua. Et la mystérieuse Poussière… Un phénomène mystérieux nous venant des cieux.

Et puis dans ce tome on retrouve des personnages dotés de pouvoirs magiques et l’aléthiomètre, sorte de boussole qui livre des prédictions à ceux qui savent décrypter ses symboles.

Les nouveaux héros  – en tout cas héros de ce tome 1- sont à nouveaux des adolescents (ou pré-ados.)
Malcom Polstead est débrouillard, intelligent, courageux, il est très attachant. Alice (en référence à « Alice au Pays des merveilles ») est plus âgée, plus méfiante, plus « revêche »… tout comme Malcom, on l’appréciera de plus en plus au fur et à mesure.

Le jeune Malcolm et Alice deviennent les protecteurs de Lyra Belacqua, alors âgée de six mois après de terribles inondations. Aidés par le professeur Hannah Relf (spécialiste de l’aléthimètre),  Malcom et Alice combattent les agents de la Court Constitutionnelle et en particulier un terrible adversaire : Gérard de Bonneville, savant charmant, mais aussi meurtrier condamné pour abus sexuels. Les deux enfants doivent aussi survivre à un véritable déluge, embarqués sur un frêle esquif : « La Belle Sauvage ».

Pullman décrit un monde assez terrifiant, mais proche du nôtre, où l’on incite à la délation, et où on est prêt à sacrifier des enfants, où l’intégrisme religieux règne, sans parler de menaces surnaturelles ou de catastrophes météorologiques…

Il y aurait beaucoup à analyser en matière de références littéraires, bibliques, scientifiques et culturelles. Le livre est touffu, et il y a à mon sens quelques longueurs …  Un peu comme dans L’Odyssée de Pi, certaines descriptions des souffrances des héros sur la barque semblent un peu longues, mais on est tellement pris dans la lecture, et par les bonnes ou mauvaises rencontres des héros, qu’on passe outre, d’autant plus que ces descriptions sont tout à fait crédibles.

Coté chronologie, cette nouvelle trilogie commence avant le tome 1 de la première trilogie : « Les Royaumes du Nord » ; Lyra est un bébé de 6 mois.
La trilogie dite de « la Poussière » prendra fin près d’une décennie après Le Miroir d’ambre : Lyra sera donc adulte. On peut donc dire que la nouvelle trilogie est parallèle à la première.

Au final, je dirais que « LA BELLE SAUVAGE » est une belle aventure, une lecture aussi belle que sa couverture. Voilà de la lecture de la littérature « jeunesse » d’excellente qualité bourrée de références, de magie mais aussi de suspense et de cruauté. Car Pullman n’exclut pas la cruauté dans son texte, tout comme Dickens… je salue également le travail de traduction de Jean Esch, qui avait déjà traduit dans la langue de Molière la prose pullmanienne.
Bref, cela valait le coup d’attendre 17 ans, et vivement la suite !

 

 

EDIT 26/04/2018 :

Dans le cadre d’un MOOC sur la littérature, j’ai choisi de rédiger une fiche de lecture sur ce livre.

Nous devions résumer l’intrigue, ne lisez pas si vous ne voulez pas connaître des éléments clefs de l’intrigue, car je tente de répondre à quelques questions m’ont été posées.

– Le narrateur est omniscient et le récit se fait à la troisième personne.

Attention spoilers –

Dans le roman,Malcom tue Bonneville qui a violé Alice. A propos du viol, il est suggéré. Malcom et Alice n’en parlent pas du tout. L’acte n’est pas décrit, mais le violeur tient fortement la jeune fille aux poignets, la gifle, il y a du sang, et Malcom « n’avait jamais vu chose aussi épouvantable « . L’acte est aussi suggéré par les daemons  : le daemon- hyène de l’agresseur mord avec « volupté et extase » le daemon de la jeune fille qui se débat. Cela permet une mise à distance, une « protection » du jeune lecteur.
Je trouve néanmoins qu’il est dommage d’insérer une scène comme celle-là,  d’autant que le narrateur /auteur passe rapidement à autre chose, que nous avions déjà compris que Bonneville représentait une grande menace pour les héros… Il est dommage également de ne pas avoir le ressenti d’Alice au final, Pullman évacue ce drame un peu trop rapidement, on se demande donc pourquoi il en a eu l’idée à part pour motiver le meurtre de Bonneville.
Bonneville est identifié en amont comme criminel sexuel : d’ailleurs certains de ses adversaires, connaissant ses penchants pédophiles, ont l’idée d’utiliser Malcom comme appât.
Alice, quelques temps auparavant avait été charmée par son agresseur, mais elle s’est vite rendu compte de la personnalité abusive de Bonneville. Le lecteur à ce stade comprend donc que ce qui arrive en fin de roman est  une agression sexuelle – doublée peut-être d’une tentative de meurtre.
Malcom, lui, se focalise sur la pagaie de la « Belle sauvage » qu’il a cassé en tuant Bonneville l’attaquant d’Alice – détail concret, et certes important pour faire avancer la barque- et non sur le meurtre ou le viol de son amie.
A part ces reproches, c’est un roman à découvrir, tout comme l’univers de Pullman.

 

 

La Belle Sauvage : Pullman, Philip

La trilogie de la Poussière – 1 La Belle Sauvage

De Philip Pullman

Illustré par Chris Wormell

En librairie le 16 novembre 2017

544 pages, 22 euros

À partir de 10 ans

Édité par Gallimard Jeunesse

Une publication partagée par Claire (@ecransclaire) le

Remerciements à Anne et Arnaud.

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