Les lectures de l’Atelier : Dominique Blanc lit « Les Années » d’Annie Ernaux

Compte-rendu de la lecture du texte « Les Années » par Dominique Blanc.

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Les lectures de l’Atelier : Dominique Blanc lit « Les Années » d’Annie Ernaux

Du 3 au 15 février 2015

DOMINIQUE BLANC LIT «LES ANNÉES» DE ANNIE ERNAUX

«Les Années», un livre d’Annie Ernaux qui m’accompagne sur les tournées et les tournages depuis quelques années déjà. Je ne m’en sépare pas. J’aime l’écriture d’Annie Ernaux. C’est une écriture exigeante. C’est une exploration totale de l’être tout entier.
«Les Années» est une autobiographie romanesque qui a l’élégance de ne jamais dire «moi» ou «je».
C’est notre mémoire collective à tous : à partager avec bonheur et intensité !
Dominique Blanc 

 

Français : Dominique Blanc à la cérémonie des ...
Français : Dominique Blanc à la cérémonie des Césars. (Photo credit: Wikipedia)

 

Au Théâtre de l’Atelier, pendant quinze jours, Dominique Blanc lit « Les Années », d’Annie Ernaux. Elle a dû bien sûr en choisir des extraits, car elle ne dispose que d’une heure pour sa lecture : c’est avec l’auteur en personne qu’elle a fait ce travail de sélection, afin de donner à son public, malgré les coupes, une impression de fluidité, traversant la période de l’après Seconde Guerre Mondiale à nos jours (2008 plus précisément, année de publication du livre).

Sur la scène du théâtre, une grande table en bois. Dominique Blanc entre en scène souriante, son texte à la main, dit un « bonsoir » presque timide, puis s’installe à la table, met ses lunettes et commence sa lecture, d’une voix très assurée désormais. L’ambiance est tamisée. Pendant un peu plus d’une heure, la comédienne va donner vie à ces pages écrites par une autre femme, et l’on sent bien à quel point ce texte, dont elle s’approprie le contenu, la touche.

Annie Ernaux est née en 1940, elle a donc vécu de l’intérieur toute la période qu’elle décrit : c’est d’elle et de son ressenti qu’elle parle, sans jamais dire « je ». Ponctuant son récit par la description de photos d’une femme à divers âges de sa vie (d’abord enfant, puis jeune femme, puis mère et divorcée, puis grand-mère), elle raconte l’histoire des Français de son propre point de vue, parlant pour tous en son nom. L’usage du « nous » est en effet constant, et elle ne parle d’elle-même qu’à la troisième personne, réinventant ainsi le principe de l’autobiographie : elle ne dit jamais « je », mais s’inclue dans le « nous », se racontant ainsi sous couvert de collectivité…

Car sa description des événements sociaux qui ont marqué la fin du 20ème siècle est directement liée à sa vision personnelle des choses : si beaucoup de ceux au nom de qui elle s’exprime ont sans doute vécu et ressenti les changements sociologiques de la même façon qu’elle, ce ne peut évidemment pas toujours être le cas de tout le monde. Ce qui différencie cette œuvre littéraire d’un « simple » livre d’histoire ou de sociologie : il s’agit là d’un véritable témoignage d’une femme de son temps. Et je dis bien d’une femme… car si ce n’est pas le seul sujet du livre, loin de là, il y est tout de même beaucoup question de la place des femmes dans la société, déterminée par l’évolution de leur vie sexuelle au cours des décennies.

Témoignage historique ou sociologique, mais aussi et surtout œuvre littéraire : la langue est belle, simple et recherchée à la fois, mise en valeur par la lecture maîtrisée et fluide de Dominique Blanc.

L’occasion pour les lecteurs d’Annie Ernaux d’entendre sa voix au travers de la comédienne, et pour ceux qui n’ont jamais lu cette œuvre, de la découvrir non pas comme un texte figé, mais comme la parole d’une femme bien vivante.

Hélène Lailheugue

 

 

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