Rencontre « ANCIEN MALADE DES HÔPITAUX DE PARIS » avec Daniel Pennac et Olivier Saladin

Pour ceux qui l’auraient manqué, « ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS »  joue les prolongations au Théâtre de l’Atelier, jusqu’au 13 juin prochain, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h.Edit 2t février 2016 : spectacle repris depuis le 23 février jusqu’au 20 mars 2016, du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h.

Hélène a déjà vu la pièce, et vous pouvez retrouver son avis enthousiaste sur le blog. Notre chroniqueuse a  également eu l’opportunité de rencontrer Daniel Pennac (auteur de la nouvelle originale), ainsi que l’unique interprète de la pièce, Olivier Saladin… Dans les quelques lignes qui suivent, vous pourrez lire le compte-rendu de la discussion.

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RENCONTRE AVEC OLIVIER SALADIN ET DANIEL PENNAC,

THEATRE DE L’ATELIER – 10 avril 2015

crédits photo : Hélène Lailheugue pour legenoudeclaire.com
Crédits photo : Hélène Lailheugue pour legenoudeclaire.com

Olivier Saladin joue actuellement « Ancien malade des hôpitaux de Paris », pièce tirée de la nouvelle du même titre de Daniel Pennac, au Théâtre de l’Atelier. A cette occasion, le comédien et l’auteur ont rencontré dans la salle de répétition du théâtre un petit groupe de blogueurs…

Olivier Saladin  Daniel Pennac
Olivier Saladin (à droite) et Daniel Pennac (à gauche) – Crédits photo : Hélène Lailheugue pour legenoudeclaire.com

La rencontre commence un peu à l’envers : ce sont Olivier Saladin et Daniel Pennac qui questionnent les blogueurs, intrigués par la notion-même de blog. Twitter est également pour eux un mystère… Après quelques explications : « J’ai peur d’apprendre que je ne sais rien ! », lance Daniel Pennac.

Olivier Saladin et Daniel Pennac
Olivier Saladin et Daniel Pennac – Crédits photo : Hélène Lailheugue pour legenoudeclaire.com

 

Les rôles s’inversent ensuite. C’est maintenant à eux de nous instruire…

GENESE DU SPECTACLE

« Ancien malade des hôpitaux de Paris », avant d’être adapté au théâtre, était une nouvelle. « C’est la seule commande de ma vie », explique Daniel Pennac : en 2002, pour le bicentenaire de l’internat de Paris, créé en 1802 par Napoléon, les internes ont demandé aux éditions Gallimard un recueil de textes sur la médecine. Sollicité, Daniel Pennac a tout d’abord refusé, puis, inspiré par « un copain hypocondriaque qui se croyait tout près de la mort », l’idée de matérialiser l’hypocondrie au travers d’un personnage développant tour à tour tous les symptômes possibles et imaginables, lui est venue. C’est ainsi qu’est née cette « comédie burlesque ».

« Chaque intervention est techniquement exacte », précise l’auteur, qui s’est documenté auprès de « copains toubibs ». Selon lui, « le corps, c’est très romanesque : il passe notre vie à nous faire des surprises, vivre c’est essayer de maîtriser ces surprises, et dans un hôpital le coefficient surprise est encore plus important ».

En ce qui concerne le titre, référence directe aux plaques ou cartes de visites des médecins (« Ancien interne des hôpitaux de Paris »), Daniel Pennac parle de « lyrisme des cartes de visites médicales ». « Il y a de l’héroïsme chez les toubibs qui sont sur la brèche 24h/24, je trouve ça admirable. Du coup, la carte de visite, je la leur concède volontiers, c’est un peu normal qu’ils aient un statut, qu’ils travaillent à l’iconographie de ce statut. Ça me fait rigoler ». Et pour illustrer son amusement, il nous dit que du coup, lui aussi a été pris du virus de la carte de visite : il nous la fait passer… il n’y a rien dessus, sauf les mots : « MA CARTE »… !

La carte de  Daniel Pennac
La carte de Daniel Pennac

Un des « copains toubibs » de Daniel Pennac lui a avoué s’être totalement identifié au Dr Galvan, le narrateur de l’histoire : ce personnage rappelle aux « vieux de la vieille » leur jeunesse, « le pauvre médecin tout frais, investi d’un savoir qu’il n’a pas encore expérimenté ».

Mais cela ne nous dit pas comment de nouvelle on est passé à pièce…

Un jour, François Morel, ami commun d’Olivier Saladin et de Daniel Pennac (qui se connaissent d’ailleurs depuis longtemps), suggère à son collègue comédien d’adapter la nouvelle pour le théâtre, pensant que ce texte lui correspondait bien. C’est ainsi que l’aventure commence… La nouvelle étant très dialoguée, pleine d’images, « avec un côté BD », elle se prête particulièrement bien à l’exercice.

DES REPETITIONS AU RENDU FINAL…

Olivier Saladin
Olivier Saladin- Crédits photo : Hélène Lailheugue pour legenoudeclaire.com

A la question « comment se prépare-t-on à ce rôle ? », Olivier Saladin répond : « Oh ben on se prépare pas ! »

Non pas qu’il n’ait pas travaillé son rôle, mais nul besoin d’une longue réflexion en amont : Olivier Saladin est plutôt du genre à expérimenter directement sur le plateau, au travers d’un travail sur le corps notamment. « Il faut déformer le monde pour mieux le montrer, il faut trouver une forme d’expression comme le burlesque, pas présenter les choses de façon naturaliste. » Cela implique un « travail sur la manière de segmenter le corps, de découper le corps dans l’espace. Il faut éviter les rythmes binaires, faire quelque chose d’insolite, c’est-à-dire quelque chose qu’on n’a jamais vu mais qu’on reconnaît », précise-t-il.

Daniel Pennac renchérit : il s’agit d’installer quelque chose d’anormal comme si c’était normal. En l’occurrence, le fait que tous les grands pontes de chaque discipline soit là, la même nuit dans le même hôpital, ce n’est pas réaliste.

Revenant sur son travail de comédien, Olivier Saladin qui incarne une douzaine de personnages à lui tout seul pendant une heure et quart, admet que « c’est intense et plus fatigant que quand on est plusieurs ». Mais il ajoute que « ce n’est pas une imitation, quelque chose de virtuose », même si beaucoup de précision était nécessaire pour camper chacun des personnages. « J’ai pas passé des nuits à chercher comment j’allais jouer tel ou tel personnage, j’ai pris des archétypes assez simples, j’imite personne, c’est pas une prouesse », dit-il modestement. Ce à quoi Daniel Pennac rétorque, faussement outré : « Tu as saboté le travail ?? »

Daniel Pennac n’a pas assisté aux répétitions. Il avoue qu’il est souvent déçu par les adaptations de ses textes, catastrophé même souvent, « mais c’est pas grave, j’avais qu’à pas donner l’autorisation, c’est la règle du jeu ». [NDLR : fait-il allusion à la dernière adaptation d’un de ses textes : Au bonheur des ogres ?] Mais pour la première fois, quand il a vu « Ancien malade des hôpitaux de Paris », ce qui se déroulait sous ses yeux était exactement ce qu’il avait imaginé en écrivant ce monologue gesticulatoire.

PARCOURS DU COMEDIEN ET DE L’ECRIVAIN

Olivier Saladin
Olivier Saladin

Olivier Saladin se décrit comme un « chagrin d’école de première ». Il n’a pas fait d’études, ayant arrêté l’école en 5ème. Il a enchaîné les petits boulots, ne sachant trop que faire de sa vie. Après le service militaire, un matin en lisant le journal, il voit une annonce pour un cours de théâtre. Il est allé à ce cours « comme ça, pour voir, comme d’autres vont au foot ». Et c’est ainsi que de fil en aiguille, lui qui travaillait alors dans le bâtiment (« je faisais du carrelage »), s’est retrouvé comédien.

Il explique qu’il n’a jamais eu de plan de carrière. « On est mieux quand on est désiré que quand on s’impose. » Décider que l’on veut jouer tel ou tel rôle au lieu de laisser les choses venir d’elles-mêmes, ce serait comme dire « aujourd’hui il faut que je trouve un billet de 100 euros par terre »…

« On commence avec un plan de carrière et puis on finit avec une carte de visite ! », rétorque Daniel Pennac en riant.

Daniel Pennac (c) HL pour legenoudeclaire.com
Daniel Pennac (c) HL pour legenoudeclaire.com

Quant à lui, Daniel Pennac est devenu écrivain suite à « huit ans d’incarcération » : pensionnaire pendant toute sa scolarité, il lisait beaucoup pour tuer le temps. Le soir avant de dormir, il lisait « Les trois mousquetaires », s’endormait sur son histoire, puis le lendemain matin à l’étude il écrivait la suite. Le soir suivant en reprenant sa lecture, il comparait sa version à celle de Dumas… « C’est comme ça que je suis devenu écrivain ».

L’heure tourne, Olivier Saladin doit nous quitter. Daniel Pennac reste encore un peu, s’intéressant à nouveau aux blogueurs et à leur vie en tant que tels…. Et c’est ainsi que s’achève cet échange instructif et jovial !

Hélène Lailheugue, pour les Ecrans de Claire

ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS
de Daniel Pennac,
avec Olivier Saladin, mise en scène Benjamin Guillard,
au Théâtre de l’Atelier à partir du 21 mars 2015.

Prolongation jusqu’au 13 juin.

> Pour aller plus loin,  le livre :

(c) Folio
(c) Folio

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