[Avis] Sparring de Samuel Jouy avec Mathieu Kassovitz

Après avoir fait une belle tournée de festivals (Arras, Premiers Plans …) SPARRING de Samuel Jouy sort au cinéma le 31 janvier. C’est un film sur la boxe, mais pas seulement. Alors on met Sparring sur le podium des bons films du cinéma français ou au tapis ? Découvrez mon avis ici.

Résumé :

A plus de 40 ans, Steve Landry est un boxeur qui a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés. Avant de raccrocher les gants, il accepte une offre que beaucoup de boxeurs préfèrent refuser : devenir sparring partner d’un grand champion.

AVIS : Sparring – boxe ta vie !

Pour son premier long métrage, Samuel Jouy, acteur ( Burn Out, Gauguin…) et boxeur amateur, passe derrière la caméra pour nous conter l’histoire d’un boxeur qui encaisse mais n’abandonne pas. Il signe un scénario sobre et efficace avec une réflexion sur la passion, l’échec, l’obstination, et les sacrifices que l’on est prêt à faire pour sa famille. Oui, ce n’est pas parce qu’on connaît des échecs qu’on est un perdant !

Steve, le personnage principal, est à deux doigts d’être mis KO par la vie : sa carrière de boxeur est en train de s’achever tout en bas de l’échelleil a perdu beaucoup plus de combats qu’il n’en a gagnés. Et son compte en banque est dans le rouge….
Et pour se remettre à flots, pour redorer son blason, Steve se décide à faire la chose qu’il ne voulait pas faire, la plus dévalorisante et dangereuse qu’il puisse trouver. Et il s’accroche, il s’accroche pour garder ce travail, il s’accroche quand il prend les coups, et manque d’être mis au tapis… Et nous on soutient Steve, que l’on sent toujours sur le point de tout abandonner. Ce n’est pas tant pour lui qu’il devient un sparring partner, mais c’est parce qu’il est prêt à tout pour assurer le bonheur de sa famille, donner une image digne et positive à sa femme, sa fille et son jeune fils.

Pour incarner ce boxer – loser, Mathieu Kassovitz, très juste dans son interprétation. Il incarne cet homme qui prend les coups, sans révolte. Lui qui dit ne jamais travailler ses rôles a en tout cas entraîné son corps et sa tête à recevoir des coups, et à boxer. Il n’y a pas à tourner autour du pot : il est ultra convaincant, et rend très attachant son personnage.
La boxe est physique et cérébrale… On ressent la douleur physique et morale du personnage, tout en suggestion.

Les seconds rôles sont bien écrits, et leurs interprètes ont tous une belle présence. J’ai bien sûr été attentive aux personnages féminins, que j’ai trouvé bien écrits et très bien interprétés.
Olivia Merilahti est Marion, l’épouse de Steve / Matthieu Kassovitz. Une nouvelle tête dans l’univers du cinéma, ça fait du bien. Olivia Merilahti a aussi assuré la composition de la bande originale – pour ceux qui ne la connaissent pas c’est la moitié du duo The Dø. Elle tient la dragée haute à Kassovitz. J’espère que sa carrière cinématographique ne s’arrêtera pas là.
Les deux acteurs semblent former un vrai couple, c’est une belle relation qui est décrite par Samuel Jouy. Marion n’est pas derrière Steve, elle est à ses côtés – même s’ils ne sont pas toujours d’accord.

La jeune Billie Blain qui joue la fille ado de Marion et Steve est naturelle, expressive, photogénique, bref ce rôle lui va comme un gant ! J’ai l’impression d’écrire souvent cette phrase en ce moment, mais tant pis : c’est un talent à suivre. La relation tissée entre le père et la fille est très belle, Steve encourage ainsi la passion de sa fille pour le piano, en dépit des difficultés rencontrées.

Dans le rôle du champion, un vrai boxeur Souleymane MBaye. Évidemment il est plus que convaincant en boxeur couronné de succès ; son personnage est aussi en perte de vitesse ou du moins il craint son prochain combat…  Souleymane MBaye convainc aussi en tant qu’acteur, car son personnage n’est pas fait d’un bloc, et il arrive faire évoluer nos sentiments en fontion de son jeu. Ainsi Tarek est tour à tour méprisant avec ses sparring partners, puis presque admiratif de Steve.
L’échange entre les deux hommes est intéressant. Le champion et le « tocard » qui a de l’expérience vont évoluer au fil de l’histoire. Sans parler d’amitié, une belle relation se construit, faite de respect et même d’entraide.

Aucun personnage secondaire n’est un faire-valoir. Pour le coup le terme anglais « sidekicks » est plus raccord. On sent que les sparring partners ont une histoire comme l’expansif et amusant Ali interprété par Ali Abidi (je cherche encore à comprendre l’anecdote de la mouche…). Ou encore le mutique David (David Saracino) qui s’extasie devant la poésie des chansons de Julien Clerc. Il y a aussi les entraîneurs Lyes Salem (à mille lieux de son rôle dans Je suis mort mais j’ai des amis) et Yves Afonso, « gueule du cinéma » qui a joué avec les plus grands réalisateurs, décédé le 21 janvier 2018. Sparring est son dernier rôle et c’est émouvant et troublant de le voir sur grand écran.

Enfin les fans de boxe en seront pas en reste. Certes ce n’est pas un film sur la boxe, mais sur le quotidien d’un boxeur. Néanmoins, les coups sont portés et les boxeurs ne devraient pas trouver à redire de la description faite par Jouy de ce sport.

Et puis la réalisation possède de bien jolis moments, même pour montrer le quotidien dans sa banalité.
Bref, Sparring  développe des thèmes finalement universels, ce qui devrait parler au plus grand nombre de spectateurs.

Sparring est un bon premier long-métrage. Ce film d’auteur est abordable car son scénario, qui sent le vécu et sa réalisation ne cherchent jamais à en faire trop, ni à copier le grand succès d’autres films de boxe. Samuel Jouy maîtrise son sujet et la caméra, soutenu par un casting sans faille.

Sparring

  • Réalisation : Samuel Jouy
  • Scénario : Samuel Jouy, Clément Roussier et Jérémie Guez
  • Durée : 1h 34
  • Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Ali Labidi et Souleymane M’Baye
  • En salles le 31 janvier 2018.

L’équipe de Sparring (le réalisateur Samuel Jouy, Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Ali Labidi et Souleymane M’Baye) à Paris au Club de l’Etoile.
(Cliquez pour faire défiler les images.)

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