RENCONTRE AVEC CORINNE BENIZIO alias SHIRLEY-Théâtre de L’Atelier – 26 octobre 2015

affiche Shirley et Dino

En ce lundi 26 octobre, à l’occasion du spectacle « Dino fait son crooner, Shirley fait sa crâneuse », Corinne alias Shirley nous reçoit en toute simplicité dans la salle du théâtre. Elle insiste pour rester avec nous, en bas de la scène, plutôt que de monter sur le plateau. Gilles Benizio alias Dino, fatigué par une longue journée de répétition et devant recharger les batteries avant de se produire deux heures après dans cette même salle, n’est pas de la partie… mais il n’est pas vraiment absent puisqu’il sera question essentiellement de lui ! Car, comme nous le dit Corinne, ce spectacle c’est surtout le sien, elle n’y a pris part que parce qu’il a beaucoup insisté!

 

GENESE DU SPECTACLE

Depuis leurs débuts, Shirley et Dino se partageaient équitablement la partie. Mais cette fois, il en va autrement…

C’est Dino qui tient ici le devant de la scène : l’idée de départ, c’était que Gilles chante en public, accompagné de musiciens, des chansons italiennes. Sans Shirley.

Car Corinne voulait faire une pause et mettre le personnage de côté : elle avait 25 ans quand elle a créé ce rôle, elle en a aujourd’hui 53. Or, Shirley est une jeune fille fraîche et naïve, elle ne pouvait pas la jouer telle quelle éternellement : « il faut savoir s’arrêter ! »

Et d’autre part, ce tour de chant, « c’était son spectacle à lui », une sorte de défi personnel qu’elle l’a encouragé à relever et dans lequel elle n’avait pas de rôle à jouer, hormis celui de supporter.

Car la chanson, pour Gilles, ce n’était pas une évidence. Elle nous raconte que petit, il adorait chanter à la maison, mais tout le monde lui disait « tais-toi, tu chantes faux ! » … « Donc il a arrêté », nous dit-elle. Alors qu’au fond de lui, il en rêvait, et elle le sentait bien… Dans le cadre de leur duo de music-hall, elle l’a donc poussé à s’y mettre mais en vain : « il tournait tout en dérision ».

Il aura fallu que Louis Chedid leur demande d’interpréter ensemble « Chien et chat » sur l’album du « Soldat Rose » pour qu’il ose se lancer, enfin… mais non sans mal ! Corinne, qui avait très envie d’enregistrer ce duo, a dû « faire du forcing » pour le convaincre de la suivre dans cette aventure : « il était très angoissé ». Mais il finit par céder… et tout s’enchaîne. « La productrice de disque lui a dit qu’il avait une très belle voix, elle s’est intéressée à son timbre ». C’est elle qui lui suggère l’idée des chansons italiennes, et Corinne de son côté continue de l’encourager.

Poussé par sa femme, Gilles commence donc à se produire dans un café près de chez eux, puis, prenant confiance, il tente l’expérience d’Avignon, trois semaines tous les soirs. « Là, ça passait ou ça cassait ». Le défi se révèle fructueux : Gilles prend goût à sa nouvelle vocation, et des programmateurs venus assister à son tour de chant, séduits, lui proposent des dates. « Il a tourné toute l’année dernière », raconte Corinne, qui le suivait partout sans pour autant désirer le rejoindre sur scène. Mais c’est au tour de Gilles d’insister pour qu’elle fasse deux duos avec lui à la fin du spectacle, dans sa robe rouge. « A chaque spectacle on ajoutait quelque chose », et petit à petit Shirley reprend du service, mais Corinne fait évoluer le rôle pour les raisons précédemment évoquées. Et au fil des mois le spectacle se transforme jusqu’à devenir la version actuelle présentée au Théâtre de l’Atelier. « Ça nous a dépassés, ça s’est fait comme ça ».

 

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DES CHANSONS ENROBEES DE SAUCE TOMATE !

 

Comment, à partir de ce tour de chant, Dino s’est-il retrouvé à cuisiner sur scène ? Une fois de plus, c’est sous l’influence de Corinne : « tu es comédien, il faut que tu parles aux gens », lui a-t-elle dit. Elle avoue qu’en tant que spectatrice, elle a tendance à s’ennuyer quand elle assiste à un concert : selon elle, les chanteurs ne s’adressent pas assez à leur public entre les chansons.

Il fallait donc trouver un fil conducteur théâtral : « il y a 25 ans on avait vu un spectacle dans un théâtre en banlieue où deux copains italiens faisaient un risotto sur scène. Ils racontaient leur vie, l’un donnait sa recette de risotto et cuisinait sur scène ». Et après le spectacle, ils mangeaient leur risotto avec le public.

Corinne et Gilles reprennent l’idée, remplaçant le risotto par la sauce tomate. Et il s’agit réellement de la recette de la grand-mère de Gilles, originaire des Pouilles. « La sauce tomate en Italie, c’est sacré. Ils la font tous les dimanches, chaque région a sa recette, ils sont très régionalistes ». Corinne, qui a décidément beaucoup influencé le spectacle, a eu envie que Gilles s’amuse avec la conviction des Italiens selon laquelle la meilleure huile d’olive et les meilleures tomates sont produites chez eux, dans leur région, « parce que j’entends ça depuis trente ans quand je vais là-bas et ça m’énerve ! La meilleure huile d’olive du monde, ils y croient dur comme fer ! »… Quant à la mamma, la seule chez qui on mange bien, « c’est pas une légende », affirme Corinne ! Elle parle de la rivalité entre voisines et du rôle de la mamma au sein de la famille : elle nous décrit ces femmes à forte personnalité qui autrefois n’avaient pas accès au travail (car une femme qui travaillait, c’était le signe qu’elle n’avait pas les moyens de vivre autrement). « Alors ces femmes étaient coincées à la maison et tyrannisaient tout le monde ! »

 

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LA NOTORIETE

 

Corinne revient sur leur parcours, de leur rencontre en fac de théâtre à aujourd’hui. Ils avaient 20 et 25 ans, la fac coûtait moins cher qu’une école de théâtre et mettait une salle de répétition à leur disposition : très vite, ils en profitent pour monter des spectacles. Des années plus tard, Patrick Sébastien, qui dort très peu, les voit à la télévision sur une chaîne vers 4 ou 5h du matin. « Ça lui a plu, il a dit à ses assistants : ‘trouvez-les !’ » … et c’est ainsi que Gilles et Corinne, sous les traits de Shirley et Dino, se retrouvent dans Le Plus Grand Cabaret du Monde, où ils resteront quatre ans, participant à toutes les émissions. Mais Corinne, qui avait 40 ans à l’époque, n’appréciait pas cette nouvelle et trop grande notoriété, ni les tournées incessantes : « on faisait 200 dates par an », ce qui revient à dire qu’ils n’étaient jamais chez eux. Elle n’en pouvait plus, avait besoin de se reposer, et a voulu arrêter Shirley. On lui a proposé des rôles au cinéma, mais elle a tout refusé : « c’étaient des rôles misogynes ». Le seul à qui elle a failli dire oui, c’est Patrice Chéreau, mais elle répétait un spectacle et n’avait pas le temps de tourner à ce moment-là. A la télévision, on leur a proposé d’animer une émission concurrente à celle de Patrick Sébastien… mais d’une part ils sont comédiens et non animateurs, d’autre part ils ne se voyaient pas marcher sur les plates-bandes de celui qui les a révélés au grand public. Quant à Fort-Boyard, qu’on leur a proposé trois fois, ils ont également refusé : « Je suis la plus peureuse du monde, j’aurais été incapable de faire quoi que ce soit là-dedans ! »

Aujourd’hui elle a repris son anonymat et revit ! Gilles et elle, quand ils ne jouent pas, font beaucoup de mises en scène d’opéra. Et ici, au théâtre de l’Atelier, qui peut accueillir 500 spectateurs dans cette salle « à taille humaine », elle se sent beaucoup plus à l’aise que dans les salles de 1000 places où « ceux qui sont loin perdent quelque chose » : on ne peut pas toucher tout le monde dans une trop grande salle.

La rencontre s’achève… Les techniciens, pendant notre échange, préparaient le plateau ; l’heure du spectacle approche et il est temps de laisser Corinne aller à son tour se préparer…
Rendez-vous les dimanches à 18h et lundis à 20h au Théâtre de l’Atelier pour un moment de détente savoureux !!!

 

 

Hélène Lailheugue,

pour les Ecrans de Claire

 

 

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